La compagnie de l'Espoir

La Compagnie de l’Espoir et le Pacte de l’Ombre (niv 5)
La Compagnie de l’Espoir portait bien son nom.
Depuis des années, Ianel, prêtre dévoué à Desna, guidait ses compagnons sur les routes, apportant bénédictions et réconfort aux âmes perdues. À ses côtés, Valeria, guerrière au cœur ardent, maniait la hache avec la force d’une tempête. Anvadel, mage érudit, voyait le monde comme un livre infini à déchiffrer, et Delia, druidesse, parlait aux arbres et aux vents comme à de vieux amis.
Partout où ils passaient, la lumière semblait chasser l’ombre.
La rencontre
Dans les années qui précédèrent la renommée de la Compagnie, les plaines du Tandak du Nord n’étaientt qu’un écrin secret où se croisaient destins solitaires et murmures d’aventure. Les chemins pavés d’herbe sauvage menaient à un carrefour oublié près d’une cascade chantante, là où tout commença.
Valeria, alors simple apprentie des gardes-frontières, arpentait la route par devoir, la hache plus neuve que le serment gravé à son cœur. Une nuit d’orage, alors que les éclairs dévoilaient l’ombre mouvante des arbres, elle croisa Delia, jeune orpheline venue de la forêt de Verduran, guidée par la quête d’un sens à donner à ses dons druidiques. Leur rencontre fut silencieuse d’abord : regards méfiants, gestes prudents, jusqu’à ce qu’un cri perçant fendît la nuit.
Dans une clairière toute proche, Anvadel, érudit errant, défendait sa vie contre un sanglier enragé. Ses incantations hésitantes dansaient dans l’air comme des lucioles égarées. C’est Valeria qui, sans réfléchir, s’interposa, son bouclier encaissant la charge. Delia, elle, apaisa la bête d’un mot ancien, révélant la magie au cœur du chaos.
Ianel arriva soudainement, guidé par un rêve prophétique. Portant la marque de Desna et la fatigue d’un long pèlerinage, il soigna les blessures du groupe, apportant le baume de la foi et une chaleur nouvelle. Leurs différences devinrent force : Valeria apporta l’assurance du fer, Delia le souffle de la nature, Anvadel la sagesse des anciens, Ianel l’espoir des prières.

Fog Creek
La compagnie nouvellement constituée intervient régulièrement à la demande des autorités de Fog Creek, un bourg aux maisons de bois et de pierre bordant la rivière brumeuse. Ses membres se voient confier la périlleuse mission de repousser les pillards hardis et les ogres venus de Braughleigh’s Hollow, dont les attaques laissent parfois le village en émoi. Sur les routes battues du nord, la rumeur de leurs exploits commence à courir : on conte, dans les auberges, comment Valeria fait fuir les maraudeurs d’un seul regard, comment Delia panse les blessures des villageois avec la rosée du matin et la douceur du vent, tandis qu’Ianel, vêtu de la bure étoilée de Desna, apaise les craintes et ranime la foi dans les cœurs. Anvadel, quant à lui, fascine les enfants avec ses flammes bleues et ses histoires d’antiques secrets.
La Compagnie de l’Espoir tisse ainsi, de mission en mission, une réputation de bienveillance et de générosité. Les habitants des hameaux isolés n’hésitent plus à envoyer des messagers quand l’ombre grandit sur leurs terres. Chaque victoire, chaque secour d’un innocent, chaque parole réconfortante bâtit peu à peu la légende d’un groupe d’alliés inattendus, porteurs de lumière là où la nuit s’épaissit.

Brumval
Alors que la Compagnie multipliait les veilles et les soins dans les masures silencieuses de Brumval, un malaise grandissait dans l’air. Les nuits se faisaient plus froides et, dans la lumière vacillante des chandelles, d’étranges motifs apparaissaient sur les murs : griffures noires, symboles anciens, presque effacés, qui palpitèrent sous le regard attentif d’Anvadel. Déterminé à percer le voile, l’érudit fouilla les vieux grimoires du temple abandonné, croisant les récits de pestes antiques avec les visions fiévreuses des malades.
Une nuit, Delia s’aventura seule au bord des marais, guidée par une brise qui murmurait à ses oreilles. Là, elle surprit un rassemblement d’ombres rampantes, se tordant sur la surface de l’eau. Dans leur danse spectrale, la druide reconnut le motif d’un œil fendu, marque honnie d’une déesse proscrite. Valeria et Ianel, alertés par ses cris, la rejoignirent à temps pour voir les ténèbres s’épaissir, formant les silhouettes de femmes à la chevelure d’encre.
Dans un souffle venu de nulle part, la rivière refléta alors mille visages déformés par la douleur, engloutis dans une brume visqueuse. Ianel, pétrifié, sentit la prière mourir sur ses lèvres, tandis qu’Anvadel, les mains tremblantes, s’efforçait de déchiffrer les symboles dessinés par l’ombre mouvante. Delia, le cœur battant à tout rompre, s’agenouilla et effleura l’eau, murmurant des paroles anciennes pour sonder la nature du mal, mais le murmure des ténèbres couvrit sa voix. Valeria, les poings serrés sur la garde de sa hache, scrutait la nuit à la recherche d’un ennemi tangible, mais il n’y avait que la peur, sinuant froide et rampante.
Comprenant l’origine surnaturelle du mal, ancrée dans un antique pacte oublié, la Compagnie sut que cette épidémie n’était pas qu’une maladie : c’était une épreuve, une offrande d’angoisse façonnée par une volonté maligne. Leurs regards se croisèrent, lourds de peur et de détermination, alors que les hurlements des enfants s’élevaient derrière eux, confirmant que le temps pressait.

Skathen
Mais tout n’est pas rose en Taldor ; Skathen n’est plus qu’un souffle mourant. Une épidémie étrange, née des marais voisins, consume les habitants. Les remèdes de Delia échouent, les prières d’Ianel restent sans réponse, et même la magie d’Anvadel se brise contre cette corruption invisible. Valeria, impuissante, serre les poings en voyant les enfants dépérir.
Trois jours passent. Puis quatre.
Et l’espoir, leur flamme sacrée, vacille.
Dans l’obscurité oppressante, la Compagnie se retrouvait soudée par une détresse silencieuse. Leurs regards évitaient les fenêtres, de crainte d’y surprendre de nouveaux signes de malheur. À chaque gémissement venu des masures voisines, la culpabilité serrait un peu plus leurs poitrines. Valeria, d’ordinaire si ferme, peinait à soutenir le désespoir dans les yeux des parents. Une sensation de vide s’insinuait, plus lourde que l’épuisement physique — une impuissance amère, qui rongeait même les plus vaillants.
Anvadel, accablé par son échec à décrypter les secrets de l’ombre, sentait la honte peser sur ses épaules. Les pages de ses grimoires lui semblaient désormais muettes, et chaque incantation avortée creusait un fossé de doutes dans son esprit déjà fragile. Delia, le cœur lacéré par la souffrance et la peur, s’accrochait à la moindre lueur d’espoir, mais sentait la foi s’effriter à chaque nouveau souffle fiévreux. Les mots de réconfort, jadis si naturels, se muaient en prières désespérées glissées entre les lèvres tremblantes.
Ianel, enfin, oscillait entre rage sourde et abattement. Le silence de Desna, son guide, résonnait comme une condamnation. Il arpentait le village, les poings crispés, la gorge serrée par l’idée d’abandonner ses ouailles à un sort injuste. Face à l’inexorable avancée du mal, chaque membre de la Compagnie ressentait la solitude, la peur de trahir ses principes, et la terreur muette de devoir choisir entre l’âme et la survie.
Dans la lueur cendrée précédant l’aube, leurs ombres s’étiraient sur la terre malade, et tous comprenaient qu’un sacrifice serait inévitable. Quand l’espoir vacille ainsi, même les cœurs les plus nobles vacillent à leur tour, étreints par la détresse et le doute.

L'offre
C’est alors qu’une nuit, alors que la lune se voilait, une silhouette apparut au centre de Skathen. Une femme à la beauté inquiétante, aux yeux fendus comme ceux d’un serpent, vêtue de voiles noirs. Sa voix était douce comme un murmure au creux d’un cauchemar.
« Je suis 'Cauchemar' et vous ne pouvez sauver ce village… mais moi, je le peux. »
Les quatre compagnons se raidirent. Ianel sentit chaque fibre de son être se hérisser. Pourtant, elle poursuivit : « Un marché. Leur vie contre… un service. Un jour viendra où je réclamerai de vous une tâche. Vous ne pourrez refuser. »
...
Ils savaient ce que cela signifiait : pactiser avec une puissance chaotique et cruelle.
Mais autour d’eux, les gémissements des malades emplissaient la nuit. Valeria posa la main sur l’épaule d’Ianel. Delia, les yeux embués, murmura :
« Si nous ne faisons rien, ils mourront tous avant l’aube. »
Ianel pria Desna… et ne reçut que le silence. Alors, le prêtre leva les yeux vers la créature et dit d’une voix brisée :
« Nous acceptons. »
...
Le prix
En un instant, la corruption se dissipa. Les malades respirèrent à nouveau, les enfants se redressèrent, et la bourgade entière fut sauvée. Mais dans l’ombre, Cauchemard souriait.
« Je viendrai chercher mon dû. »
Puis elle disparut, laissant derrière elle un parfum de fer et de fleurs fanées.
Depuis ce jour, la Compagnie de l’Espoir continue de voyager, aidant les innocents…
Mais chacun sait qu’un jour, Elle reviendra, et que le prix à payer pourrait briser bien plus qu’un serment.

La Compagnie de l’Espoir et le Pacte de l’Ombre (niv 10)
Le marchand
Au fil des saisons, la Compagnie de l’Espoir n’abandonna jamais sa mission. Par-delà la peur qui les accompagnait, on pouvait lire dans leurs gestes la volonté de rester fidèles à leur cause.
Cette nuit-là, alors que la lune peinait à percer le manteau épais de brouillard recouvrant les marais, la Compagnie de l’Espoir avançait en silence, chacun guettant le moindre signe dans l’obscurité. Soudain, des lueurs vacillantes surgirent entre les arbres tors, dansant autour d’une silhouette égarée : un marchand, épuisé et à demi fou, tentait de se frayer un chemin hors des griffes des feux follets. Ces esprits malicieux murmuraient à ses oreilles, cherchant à le mener vers les eaux noires, là où plus personne ne revient jamais. Pris de panique, l’homme trébuchait, chaque pas le rapprochant de la perdition.
Mais Delia, dont la bravoure n’était plus à démontrer, s’avança résolument dans la brume. Murmurant des paroles sacrées apprises lors de ses veilles, elle traça dans l’air des signes lumineux qui éclatèrent d’une clarté dorée. Les feux follets hésitèrent, puis se préparèrent au combat.
APrès ce combat épique, le marchand, tremblant, fut ramené à la raison par la douceur de Delia et la vigilance d’Ianel, encore marqués par leurs précédentes épreuves. Reconnaissant, l’homme leur offrit les dernières provisions de son ballot, insistant pour partager avec celleux qui l’avaient sauvé du cauchemard.
Avant de repartir vers son destin, il leur promit de raconter leur acte à chaque village traversé, semant partout la rumeur qu’en ces temps troublés, il existait encore des êtres capables de défier la nuit, porteurs d’espoir et de lumière. Ainsi, la légende de la Compagnie s’étoffait, même si, dans le secret des cœurs, chacun comprenait que l’ombre de Lamashtu continuait de planer sur leurs têtes, et que le prix du salut n’était peut-être pas encore totalement acquitté.

La ménestralle
Quelques semaines plus tard, la Compagnie de l’Espoir arriva dans le hameau reculé de Virelune, un endroit où la brume semblait s’attarder plus longtemps qu’ailleurs et où les rivières murmuraient d’anciennes complaintes. À peine avaient-ils posé le pied sur la place principale qu’un attroupement silencieux attira leur attention. Au centre, une jeune ménestrelle, Amar, le visage ravagé par le chagrin, tentait de chanter mais seuls des sons éraillés franchissaient ses lèvres. Les villageois, impuissants, racontèrent que la chanteuse avait été frappée d’un sort cruel lancé par trois sorcières jalouses de sa renommée. Depuis lors, la musique et la joie s’étaient éteintes à Virelune.
Saisissant la gravité de la situation, Ianel et Delia unirent leurs forces. Tandis qu’Ianel traçait des symboles de protection autour de la ménestrelle, Delia entonna une mélopée ancienne, invoquant les esprits des bois pour briser le charme.
Les sorcières, tapies non loin, tentèrent d’opposer résistance, distillant le doute et la peur dans les cœurs alliés à la Compagnie. Mais celle-ci ne faiblit pas. Après de longues heures de recherche et un combat dantesque, la voix de la jeune femme fut libérée, pure et cristalline, traversant la nuit comme une lueur d’espérance.
La gratitude du hameau fut immense. Les résidents organisèrent une veillée en l’honneur de la Compagnie, allumant des lanternes qu’ils suspendirent dans les arbres pour éclairer la nuit. Autour d’un feu crépitant, la ménestrelle chanta à nouveau, sa voix retrouvée portant loin les récits de courage et de fidélité des êtres ayant défié le mal pour elle. Les enfants dansèrent, les anciens retrouvèrent le sourire, et chacun sentit, le temps d’une nuit, le poids des ténèbres reculer.
Pourtant, même alors que la fête battait son plein, les membres de la Compagnie de l’Espoir percevaient, dans le silence entre deux notes, la présence persistante de l’ombre de Lamashtu. La promesse faite jadis n’était pas oubliée, et chacun savait que la trêve offerte par ces instants de lumière ne durerait qu’un temps, avant le retour inéluctable de la dette à payer.

Le jour du dû
Trois hivers avaient passé depuis Briseterre. La Compagnie avait continué à parcourir les routes, redonnant courage aux peuples, combattant brigands et créatures, mais toujours avec cette ombre au-dessus d’eux : la promesse faite à Cauchemar. Ianel priait chaque soir pour que ce jour n’arrive jamais. Mais un soir, alors qu’ils campaient au pied des Montagnes Grises, le vent se figea. Les flammes du feu se mirent à brûler d’un noir profond. Et elle apparut.
L'ordre
Cauchemar, drapée de brume et de murmures, s’avança. Ses yeux luisaient comme deux lunes sanglantes.
« Mes champions… il est temps de payer votre dette. »
Valeria posa la main sur la garde de son épée, mais Ianel lui fit signe de ne pas bouger. La femme sourit. « Dans la cité de Faldamont, un enfant est né.
Il porte en lui une lumière qui pourrait, un jour, menacer mes desseins. Vous allez me l’amener. Vivant. »
Le dilemme
Le silence tomba comme une enclume. Delia recula, horrifiée.
« C’est un innocent… » « Et c’est votre dû », répondit Cauchemar, sa voix se faisant tranchante.
Anvadel tenta de négocier :
« Il doit y avoir un autre moyen… » Mais la femme éclata d’un rire qui fit trembler la terre.
« Refusez… et je reprendrai ce que je vous ai donné. Chaque vie sauvée à Skathen se flétrira en une nuit. »
...
La route vers Faldamont
Le cœur lourd, la Compagnie prit la route. Les discussions autour du feu étaient rares. Valeria, d’ordinaire si sûre d’elle, doutait. Ianel priait Desna pour un signe, mais le ciel restait muet. Delia, elle, murmurait aux arbres, cherchant un conseil dans la sagesse ancienne de la nature.
La rencontre
À Faldamont, ils trouvèrent l’enfant : un garçon aux yeux d’un bleu éclatant, fils d’une guérisseuse. Il riait en courant après un papillon, ignorant tout du destin qui pesait sur lui. Ianel sentit son âme se déchirer. Valeria posa la main sur son épaule :
« Si nous l’emmenons, nous trahissons tout ce que nous sommes. Si nous refusons, Skathen meurt. »

La Décision
La nuit venue, ils se réunirent dans une auberge. Anvadel proposa un plan : tromper la femme des ombres, cacher l’enfant et lui présenter un leurre. Mais tous savaient que défier un être surnaturel était risquer bien plus que leur vie. Ianel finit par dire :
« Nous avons été la lumière. Peut-être est-il temps d’être l’ombre… pour mieux la vaincre. »
Et c’est ainsi que la Compagnie prit une décision qui allait changer leur destinée à jamais : ils allaient livrer l’enfant… mais pas à Cauchemar. Ils allaient trouver un moyen de briser le pacte, quitte à affronter la Mère des Ombres elle-même.
La Chasse de la Mère des Monstres
Le plan de la Compagnie semblait simple : mettre l’enfant à l’abri dans un sanctuaire oublié, protégé par les plus anciennes bénédictions de Desna, et faire croire à Cauchemar qu’il avait péri dans un accident. Mais on ne trompe pas une déesse aussi aisément.
La découverte
Trois nuits après avoir quitté Faldamont, alors qu’ils traversaient la forêt de Verduran, un hurlement déchira le ciel. Les arbres se tordirent comme sous un vent invisible, et les étoiles elles-mêmes semblèrent s’éteindre. La femme des ombres apparut, non plus sous forme humaine, mais dans toute son horreur : trois têtes — lionne, serpent et hyène —, des ailes de chauve-souris, et des griffes capables de fendre la pierre.
« Vous m’avez trahie… »
Sa voix résonna dans leurs esprits comme un millier de lames. Autour d’eux, les ombres se mirent à ramper, prenant forme : des créatures difformes, mi-bêtes mi-humaines, ses enfants monstrueux.
La fuite
Valeria cria :
« Courez ! » Et la forêt devint un labyrinthe de racines et de ténèbres. Anvadel lança des éclairs pour repousser les monstres, Delia invoqua des ronces pour ralentir leur avancée, et Ianel, serrant l’enfant contre lui, pria Desna avec une ferveur désespérée.
Mais Cauchemar ne cherchait pas seulement à les tuer. Elle voulait les briser. Chaque pas qu’ils faisaient, elle murmurait dans leurs esprits, leur montrant des visions : Skathen en flammes, leurs proches dévorés, leurs propres visages déformés par la corruption.
....
Le refuge
Après deux jours de fuite, ils atteignirent enfin le Sanctuaire des Mille Lanternes, un lieu sacré que même les démons craignaient. Les murs étaient gravés de prières anciennes, et des centaines de petites flammes bleues flottaient dans l’air, chassant toute ombre.
Ianel déposa l’enfant au centre du cercle de lumière.
« Ici, elle ne pourra pas entrer… » murmura-t-il.
Mais Anvadel, pâle, répondit :
« Non… elle ne pourra pas entrer. Mais elle peut attendre. Et elle attendra. »

La prophétie
Cette nuit-là, alors que ses compagnons dormaient, Ianel eut une vision. Desna elle-même lui apparut, vêtue d’un manteau d’étoiles.
« Tu as défié Lamashtu, et pour cela, elle ne cessera jamais de te traquer. Mais il existe un chemin… dangereux, presque impossible. Pour sauver l’enfant et briser le pacte, vous devrez atteindre la Porte des Songes, là où les mondes se touchent. »
À son réveil, Ianel savait que leur fuite n’était que le début. La Compagnie de l’Espoir allait devoir traverser des royaumes où même les dieux hésitent à poser le pied.
...
La Chute de la Compagnie de l’Espoir
Le Sanctuaire des Mille Lanternes tint bon… pendant sept jours. Sept jours durant lesquels Lamashtu encercla le lieu, ses enfants monstrueux hurlant dans la nuit, ses murmures s’insinuant dans les rêves des compagnons. Elle ne frappait pas de front. Elle attendait. Elle savait que la faim, la peur et le doute étaient ses armes les plus sûres.
Les fissures
Le premier à vaciller fut Anvadel. Privé de sommeil, il commença à entendre la voix de la déesse lui promettre des secrets interdits, des arcanes capables de plier la réalité.
Puis ce fut Delia, qui vit dans ses visions les forêts qu’elle aimait se dessécher et mourir, à moins qu’elle ne se soumette.
Valeria, elle, se rongeait de rage et d’impuissance, son épée inutile face à une ennemie intangible.
Ianel priait encore… mais ses prières n’étaient plus que des murmures vides.
L’ultimatum
Au huitième jour, Lamashtu apparut à la porte du sanctuaire, sous une forme presque humaine, belle et terrible. Elle ne cria pas. Elle ne menaça pas. Elle dit simplement :
« Donnez-moi l’enfant, et je vous épargnerai. Refusez… et je vous prendrai tout. »

La Compagnie de l’Espoir et le Pacte de l’Ombre (niv 15)
Le masque
Les années avaient passé.
La Compagnie de l’Espoir n’était plus qu’un nom murmuré par les conteurs, non pas comme une légende de lumière, mais comme un avertissement.
Sous l’emprise de Lamashtu, ils avaient exécuté des missions dont aucun d’eux n’osait plus parler.
Et Ianel… Ianel n’était plus vraiment un homme.
Valeria, jadis protectrice des faibles, devint la lame silencieuse de Lamashtu, exécutant ses ordres sans poser de questions.
Anvadel, consumé par la soif de pouvoir, se perdit dans des grimoires impies, ses yeux brillant d’une lumière malsaine.
Delia, elle, ne parlait plus aux arbres — seulement aux bêtes difformes qui rôdaient dans les ombres, ses nouvelles compagnes.
Ils voyageaient encore ensemble, mais il n’y avait plus de fraternité. Seulement quatre silhouettes marchant dans la même direction, liées par une chaîne invisible.
...
Un soir, dans un temple en ruine, gardé par des anges au cœur pur, un masque commun, en bronze, sculpté de symboles, attendait nos héros sur un autel érodé par le temps. Les yeux du masque semblaient creuser jusqu’à l’âme, invitant à la fois la fascination et la terreur. Un frisson parcourut la Compagnie de l’Espoir alors qu’ils approchaient de l’autel, conscients que leur destin basculerait s’ils osaient toucher cet artefact maudit.

La fin
À l’entrée d’un village assiégé par la famine, quelques femmes courageuses tendaient du pain aux voyageurs. Mais la gratitude ne fut pas le prix de leur offrande : la Compagnie, méfiante et cruelle, soupçonna un piège et punit leur générosité par la violence, semant la terreur dans la communauté. Plus personne ne distinguait Ianel du masque d’ivoire noir — leur volonté, leurs regards, leur cruauté se fondaient désormais en une seule entité. À chaque geste, on ne savait si c’était la main du prêtre ou celle du masque qui frappait, tant la fusion était totale. La peur qu’inspirait Ianel n’était plus humaine, elle appartenait à ce visage inhumain, dont la présence dominait la scène et dictait la marche funeste du groupe. Dans les cris et la panique, on devinait que le masque n’était pas un simple artefact, mais l’âme même d’Ianel, incarnée dans une forme nouvelle, insensible et implacable.